samedi 30 mai 2009

Halte au racisme des assiettes et des bistrots ! Par Leila Adjaoud.


Source : Par Medias Libres le lundi 26 janvier 2009,
J’apprends avec une grande émotion qu’un tribunal français vient de débouter nos amis du Mrap qui ont porté plainte contre la persistance de l’utilisation du logo « Y’a bon Babania ». Et en plus, le mouvement de Mouloud Aounit a été condamné à rembourser les frais de justice des sociétés mises en cause.

Le Mrap fait appel de cette décision, jugeant que « le message de Y’BON BANANIA participe à la structuration des stéréotypes et des clichés qui humilient un groupe de personnes en raison de l’origine ».
Parmi ces « objets dérivés » du logo « Y’a bon Banania » qui mettent gravement en péril l’amitié entre les peuples, je tiens à signaler au Mrap un « accroche torchon » (sic !) qui reproduit le fameux tirailleur sénégalais . Quand on sait que les islamophobes du net qualifient de « torchon » soit le voile islamique si âprement défendu par Mouloud Aounit et la direction collégiale du Mrap National, soit le foulard palestinien qui fleurit aux manifestations co-organisées par le Mrap, nul doute que l’expression « porte torchons » recouvre une stigmatisation raciste des plus abjecte, non seulement négrophobe, mais également anti-musulmane et anti-arabe, et qu’elle constitue un appel à la haine et à la violence des moins voilés.

Il ne faut pas s’en arrêter là, cher Mouloud Aounit, car la négrophobie, l’islamophobie et plus généralement toutes les phobies coupables que vous décelez avec tant de clairvoyance chez les Occidentaux se cachent redoutablement dans les assiettes et les couverts, et pas seulement ceux estampillées Banania.

Tous les Suisses de ma génération, par exemple, allaient acheter à l’épicerie du coin des « têtes de nègres », ces pâtisseries composées d’une meringue fouettée enrobée d’une fine couche de chocolat. Certes, désormais, les fabricants et les boutiques ont changé sur les emballages et les vitrines cette désignation stigmatisante par celle de « tête de choco », « merveilleux » ou « meringue au chocolat ». Mais il reste que la forme de ces friandises conserve l’aspect de faciès négroïdes et continue par conséquent à entretenir le stéréotype colonial et le cliché anthropophage.

Pour continuer dans le racisme alimentaire, rappelons-nous ces réclames de la société Garbit à propos de son couscous en boîte, et le slogan prononcé avec un fort accent pied-noir : « C’est bon comme là-bas dit ! » Cette expression est doublement condamnable, puisqu’elle laisse entendre que le couscous serait un plat étranger à la France, et qu’elle relance le souvenir d’une Algérie française et donc des heures sombres du colonialisme.

Et que dire de tous ces bistrots et restaurants où le racisme ordinaire s’exprime en toute impunité ? Pas plus tard que la semaine dernière, je dînais dans un restaurant hallal de Genève. Et quelle ne fut pas ma surprise quand j’entendis un client à la table voisine commander comme boisson « un petit gris de Boulaouane » ! Le serveur, issu de l’immigration arabo-musulmane, n’a pas manqué de relever cette ironie perfide car il a répondu au client du tac au tac : « Nous n’avons pas de ça ici ! »

Dans le même ordre d’idées, on continue à commander dans les bars de France « un petit noir » pour une tasse de café ou « un petit jaune » pour un verre de pastis. Et cela en toute impunité !

(Certes, certains lecteurs me rétorqueront que l’on boit aussi « un petit blanc » dans nos cafés, mais ce n’est pas pareil, puisque comme chacun sait, le « racisme anti-blanc » n’est qu’un fantasme de plus de la part d’extrémistes de droite qui sévissent sur internet, destiné à discréditer le combat des véritables antiracistes comme ceux du Mrap. Ne confondons pas tout !)

Alors, cher Mouloud Aounit, continuez votre croisade (heu… enfin je me comprends) contre tous ces racismes ordinaires qui se cachent perfidement dans nos vaisselles et nos boissons. Vous aviez déjà franchi un grand pas dans la moralisation gastronomique en exigeant des repas halal dans les cantines scolaires de la République française. Il faut aller plus loin : interdisez les boissons alcooliques, ce qui évitera déjà les stéréotypes « petit gris » « petit jaune » ! Traînez en justice ceux qui commandent des « petits noirs » ou qui donnent sur la toile des recettes de « tête de nègres » !

Ne craignez pas tous les sarcasmes dont vous êtes victime sur Internet ! Faites également des procès en diffamation ou en insultes publiques contre tous ceux qui se moquent de vous à longueur de blogs et de forums ! Car s’il y a un racisme qui se développe à grand pas inquiétants chez les Français, c’est bien l’Aounitophobie, qui est, pour vous paraphraser, le prolongement d’un racisme islamophobe et anti-arabe post-colonial.

Et comme vous venez de défiler dans les rues de Paris en compagnie de mouvements pro-Hamas (après avoir manifesté sous les drapeaux du Hezbollah lors de la dernière guerre du Liban), il me vient une idée : pourquoi ne pas créer une sorte de bras armé de votre combat antiraciste, chargé de perquisitionner dans les cuisines et les greniers de vos concitoyens afin de débusquer les infâmes propriétaires de boîtes en fer labellisées « Y’a bon Banania » ? « Au moment où Obama vient de redonner de la fierté et de la dignité à l’ensemble des Noirs des Etats-Unis et du monde » (comme vous l’avez dit sur Europe 1), il est inadmissible de supporter encore de tels « clichés racistes ».

Mouloud Aounit, vous avez perdu une bataille devant les juges, mais vous n’avez pas encore perdu la guerre ! Et pour vous aider, je propose une grande souscription afin de vous offrir des boîtes de Banania pour tenir le coup. Tout comme Pierre Lardet, le fondateur de Banania, qui avait décidé lors de la première guerre mondiale « d’accompagner personnellement sur le front quatorze wagons remplis de petit déjeuner BANANIA pour donner "force et vigueur" aux soldats dans les tranchées ». Qui plus est, toujours selon Banania, « les troupes coloniales françaises » de tirailleurs sénégalais qui ont inspiré le logo étaient « appréciées pour leur fidélité à la métropole pendant la campagne du Maroc ». C’est donc leur rendre hommage que de faire cette proposition au Mrap et à ses troupes de choc, tout comme Pierre Lardet voyait dans son Banania « pour nos soldats la nourriture abondante qui se conserve sous le moindre volume possible ».

Mais peut-être préférez-vous le café plutôt que le chocolat ? Dans ce cas, je n’aurai pas l’outrecuidance de vous proposer un « petit noir », mais plutôt un bon « arabica » qui pourrait mieux convenir à votre sensibilité politique et ethnique. A moins que, pour satisfaire votre rapprochement avec le Parti Communiste Français, vous trouviez plus à votre goût un bon coup de rouge ? Ce serait d’ailleurs un geste de solidarité avec les travailleurs viticoles, dont nombre sont « issus de l’immigration ». Surtout depuis que vos amis du Hamas menacent l’industrie du vin, puisqu’ils lapident quiconque contrevient à leur interdiction totale des boissons alcoolisées dans la bande de Gaza. (Entre parenthèses, ils y font également la chasse aux femmes non voilées, mais je comprends qu’il soit difficile pour vous de dénoncer cela puisque vous êtes devenu l’avocat de toutes les enfants musulmanes voilées de France et de Navarre, y compris les filles de votre ami Laurent Lévy partisanes de la lapidation des femmes adultères.)

Il est évident que « Y’a bon Banania », c’est quand même une atteinte aux droits de l’Homme bien plus gravissime que ces broutilles, et la meilleure preuve en est que le Mrap, qui comme chacun sait combat tous les racismes, n’a jamais jugé utile de condamner ni le sexisme du Hamas, ni les tortures qu’il inflige à ceux et celles des Gazaouis qui n’obéissent pas à la charia, ni leurs appels à la haine et à la mort contre les Juifs. D’ailleurs, bien que des membres du conseil d’administration du Mrap vous aient proposé de dénoncer la charte du Hamas, vous vous y êtes personnellement opposé. Cette cohérence vous honore.

Bref, ce « cliché raciste » de Banania menace indubitablement la paix civile en France et Europe, et à mon humble avis, il faudrait que vous enquêtiez pour savoir si des activistes négrophobes d’extrême-droite ne seraient pas derrière les derniers attentats antisémites dans l’Hexagone, ou dans les émeutes qui mettent régulièrement le feu dans les quartiers populaires. Il y a trop longtemps que cette braise raciste couve dans l’ombre, puisque le logo « Y’a bon Banania » a été inventé en 1915, il y a 94 ans. Un siècle de « stigmatisation » contre les Noirs au petit-déjeuner de nos têtes blondes, et il a fallu vous attendre tout ce temps, Mouloud Aounit, pour que nous nous en rendions compte grâce à votre perspicacité ! C’est fou quand on y réfléchit. Qu’est-ce qu’on était aveugle sans vous !

Donc avec un peu de chance, et si je calcule bien, ce sera vers l’an 2100 que les femmes et les hommes victimes de la charia partout dans le monde pourront enfin compter à leur tour sur vous et sur le Mrap. Qu’Allah vous garde en vie jusque là ! Mais en attendant, occupons-nous d’abord des assiettes et des porte torchons Banania, car c’est vraiment l’urgence ici et maintenant en France et en Europe. Il suffit d’ailleurs de constater l’immense mobilisation de soutien que l’iniquité du jugement qui vient d’être opposé au Mrap dans l’affaire « Y’a bon » a suscité spontanément sur internet. J’espère que ma présente contribution de musulmane fière de l’être à ce soutien quasi mondial à votre mouvement et à vous-même contribuera humblement à notre combat commun contre le racisme.

Qu’Allah vous bénisse, Mouloud Aounit !

Leila Adjaoud

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